« Et là, si je ne sais pas quoi faire, je fais quoi? »

Ecrit par Antoine BIOY le 19 octobre 2026

Peut-on faire de l’hypnose quand on ne sait pas quoi faire ?
Cette question revient régulièrement en formation. Elle surgit parfois au détour d’un exercice, lorsqu’un participant se retrouve face à une réaction inattendue. Elle apparaît aussi lorsque nous abordons des situations cliniques complexes, pour lesquelles aucune technique ne semble immédiatement s’imposer. Derrière cette question, il y a souvent une inquiétude bien légitime : celle de ne pas être à la hauteur, de manquer de ressources, ou de ne pas pouvoir répondre aux attentes du patient. 

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Après tout, si nous nous formons à l’hypnose, c’est aussi pour apprendre à faire quelque chose. D’autant que nos professions initiales nous ont « éduqué » pour cela. Et d’ailleurs durant les premiers jours de la formation en hypnose, nous découvrons des techniques, nous expérimentons des inductions, nous apprenons à construire des suggestions, à utiliser des métaphores, à accompagner différentes expériences. Progressivement, nous enrichissons notre répertoire. Et c’est heureux, car la maîtrise de ces outils participe à notre compétence. Sans alphabet, pas de créations de mots… Dans les formations Ipnosia, nous sommes très attachés à ne pas aller trop vite et installer une pédagogie où sont d'abord vu l: ’approche, puis les techniques, puis les méthodes et enfin le travail de posture et de relation qui permet d’aller au-delà ; et de créer « hors du cadre » quand les bords du cadre sont bien connus et suffisamment stables pour pouvoir en jouer.


Mais que se passe-t-il lorsque, malgré tout cela, nous ne savons pas quoi faire ?


Il faut d’abord reconnaître que cette situation est parfaitement ordinaire. Aucun praticien, quelle que soit son expérience, ne dispose d’une réponse immédiatement adaptée à toutes les situations. Les patients ne se présentent pas avec un mode d’emploi et leurs difficultés ne correspondent pas toujours aux catégories que nous avons apprises. Tout n’est pas anticipable! Une intervention qui semblait évidente avec une personne peut se révéler parfaitement inadaptée avec une autre.

Pourtant, nous pouvons facilement nous laisser prendre au piège de l’idée selon laquelle un bon praticien devrait toujours savoir quoi faire. Cette représentation est parfois renforcée par le fait qu’en formation, nous présentons nécessairement des situations relativement structurées, des démonstrations qui permettent de comprendre une démarche, des exercices qui facilitent les apprentissages. Dans la réalité clinique, les choses sont souvent moins prévisibles.

Le risque est alors de vouloir trouver trop rapidement une solution. Face à une situation inhabituelle, nous cherchons dans notre mémoire une technique susceptible de convenir. Nous nous demandons quelle induction choisir, quelle métaphore proposer, quel phénomène hypnotique mobiliser. Cette recherche est bien compréhensible, mais elle peut aussi détourner notre attention de ce qui se passe réellement dans la rencontre. Car pendant que nous cherchons ce que nous pourrions faire, que savons-nous de ce que vit notre patient ? Autrement dit, il arrive que notre empressement à intervenir nous conduise à réduire trop rapidement la complexité de la situation. Nous reconnaissons un élément familier, nous l'associons à une technique et nous commençons à construire notre intervention. Pourtant, ce qui nous semble pertinent ne l'est pas nécessairement pour la personne que nous accompagnons.


Accepter de ne pas savoir immédiatement quoi faire peut alors devenir une manière de retrouver notre curiosité. Nous pouvons prendre le temps d'observer, de questionner, de vérifier ce que nous avons compris. Nous pouvons aussi partager avec le patient certaines de nos interrogations, lorsque cela est utile à la collaboration thérapeutique.

Il ne s'agit évidemment pas de transformer notre incertitude en méthode, ni de considérer que l'improvisation pourrait remplacer les connaissances et les compétences nécessaires à une pratique rigoureuse. Rappelons ici que ne pas savoir quoi faire parce que nous manquons de formation, parce que nous ne comprenons pas la situation clinique ou parce que nous sortons de notre champ de compétence appelle avant tout un travail de formation, de supervision ou d'orientation vers un autre professionnel. Personne n’a la « science infuse » ni « l’intuition infuse »!


Mais il existe une autre forme de « ne pas savoir ». Celle qui apparaît lorsque nous disposons de connaissances et d'expérience, tout en reconnaissant que nous ne savons pas encore comment elles peuvent être utiles à cette personne, à ce moment précis. Cette incertitude mérite peut-être d'être préservée quelques instants.

Dans l'approche hypnotique, nous accordons une place importante à l'utilisation de ce que le patient apporte. Ses mots, ses réactions, ses ressources, ses hésitations ou ses initiatives peuvent devenir autant d'éléments à partir desquels construire une intervention. Encore faut-il être suffisamment disponible pour les remarquer.

Cela suppose parfois de renoncer à l'idée que nous devons avoir une longueur d'avance sur le patient. Nous pouvons construire la suite avec lui, en proposant une expérience, en observant ce qui se produit, puis en ajustant notre accompagnement. Une intervention hypnotique peut ainsi prendre forme progressivement, sans que son déroulement ait été entièrement décidé à l'avance.

Au fond, cette question nous invite à réfléchir à ce que nous attendons de notre expertise. Avec l'expérience, nous apprenons certainement à reconnaître davantage de situations et à mobiliser plus facilement nos compétences. Mais nous pouvons aussi apprendre à mieux identifier ce que nous ne savons pas encore, à tolérer cette incertitude et à ne pas la combler systématiquement par une intervention prématurée.


Alors, peut-on faire de l'hypnose quand on ne sait pas quoi faire ?

Oui, parfois. À condition de disposer des compétences nécessaires pour accompagner la situation, et de ne pas confondre disponibilité et absence de repères.

Et peut-être pouvons-nous même envisager que, dans certaines rencontres, notre première tâche ne soit pas de trouver rapidement quoi faire, mais de prendre le temps de découvrir, avec le patient, ce qui pourrait être utile. Car finalement, si nous savons toujours à l'avance ce que nous allons faire, quelle place reste-t-il à ce que le patient pourrait nous apprendre ?

 

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