Faut-il vraiment le silence pour pratiquer l'hypnose ?
« Il y a trop de bruit pour pratiquer l’hypnose. » Cette remarque revient régulièrement dans les formations. Que ce soit à cause des bavardages du groupe, des bruits de travaux dans la rue ou des passages incessants dans un couloir, nombreux sont les apprenants qui expriment leur gêne face à un environnement sonore perturbant. Comme si l’hypnose nécessitait absolument le silence, comme si le moindre bruit risquait d’anéantir la séance.
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Hypnose et bruit : faut-il vraiment le silence pour pratiquer ?
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Cette perception est largement répandue et trouve ses racines dans plusieurs croyances. La première est l’association fréquente entre hypnose et relaxation. Parce que l’hypnose procure souvent un état de confort et de détente, elle est spontanément reliée à une ambiance zen, à ces clichés de musique douce, de sons d’eau ruisselante et d’éclairage tamisé. Comme si elle ne pouvait exister autrement.
Derrière cette idée, il y a aussi une représentation erronée du rôle du silence dans l’induction hypnotique. Beaucoup imaginent que le bruit pourrait brusquement « réveiller » le patient, interrompre son état de conscience modifié et rompre le fil du travail en cours. L’étymologie du mot « hypnose », dérivée du grec « hypnos » qui signifie « sommeil », renforce cette impression. Pourtant, l’hypnose n’est pas du sommeil, et sortir d’un état hypnotique ne signifie pas être brutalement arraché à une rêverie profonde.
Mais alors, pourquoi ce besoin de silence est-il si prégnant ? Une explication plus pragmatique réside dans la situation d’apprentissage. Les premiers pas dans l’hypnose demandent aux apprenants une attention soutenue : ils doivent à la fois observer les micro-signaux de transe chez leur interlocuteur, construire leur discours, ajuster leur posture et affiner leur accompagnement. Dans ces conditions, le silence apparaît comme une aide précieuse. Il réduit la charge mentale, facilite la concentration et permet d’assimiler progressivement la technique avant d’y ajouter des éléments perturbateurs.
Mais dans la réalité du terrain, peut-on vraiment compter sur des conditions idéales ? Loin de l’image d’Épinal d’un cabinet feutré, l’hypnose s’est développée et continue de se pratiquer dans des environnements bruyants : les blocs opératoires, les services hospitaliers, les lieux d’accidents, voire les spectacles de rue. Le praticien ne peut pas toujours choisir son cadre. Alors plutôt que de lutter contre le bruit, pourquoi ne pas apprendre à composer avec lui ?
Un exemple simple : imaginez une horloge dont le tic-tac vous empêche de dormir. Deux stratégies s’offrent à vous. Vous pouvez tenter de l’ignorer, mais plus vous faites d’efforts pour ne pas l’entendre, plus le son devient obsédant. Il capte toute votre attention, s’impose à votre esprit, génère de l’agacement… et finit par provoquer l’insomnie. L’autre option ? L’écouter pleinement, lui donner de la place jusqu’à ce qu’il devienne un bruit de fond anodin, peut-être même un élément apaisant.
C’est exactement ce qui se joue avec l’hypnose et le bruit. Plutôt que d’essayer de le supprimer ou de le combattre, il est possible de le réintégrer à la séance, d’en faire un allié. Un son peut être détourné, interprété différemment, associé à une expérience personnelle où il a été possible de dépasser la gêne. Qui ne s’est jamais endormi dans un avion malgré le vrombissement des moteurs ? Qui n’a jamais sombré dans le sommeil en voiture, bercé par le bruit monotone de l’autoroute ?
L’hypnose, c’est avant tout une capacité d’adaptation. Ce n’est pas un état figé nécessitant des conditions parfaites, mais un processus dynamique qui mobilise les ressources de chacun, patient comme praticien.
Chez IPNOSIA, nous formons nos apprenants à cette réalité. Oui, au début, nous leur offrons un cadre calme, car l’apprentissage de l’hypnose est déjà un défi en soi. Mais progressivement, nous les confrontons à des situations plus complexes, à des environnements plus bruyants, pour qu’ils puissent pratiquer en toute circonstance.