Quelle place prend notre corps en hypnothérapie?
Cette question arrive régulièrement au cours des formations. Et j’avais envie de l’illustrer par une situation concrète que m‘a soumis un stagiaire en supervision en 2ème année de cursus d’hypnothérapie. Ce n’est pas une réponse exhaustive, mais bien l’une des facettes que l’on peut explorer.
Ce stagiaire - psychologue - rencontre Pablo à sa demande dans le cadre du dispositif « santé psy étudiant ». En première année de Master, il souffre depuis quelques années d’anxiété lui dit-il. Au fil de l’entretien, il évoque ses ruminations anxieuses qui confinent à des idées obsédantes entrainant des TOCs de vérification. Il fixe sur une remarque de ses amis, un point de détail de son corps et la machine s’emballe. Il explique ainsi les stratagèmes qu’il met en place pour vérifier la véracité de sa pensée et la souffrance dans laquelle tout cela l’entraine. C’est non seulement énergivore mais chronophage. Son emploi du temps se voit ainsi grevé par tout cela le jour…comme la nuit !
Plus il débite sa souffrance dans une logorrhée intense, plus mon collègue s’enfonce dans son fauteuil, ressent un nœud dans le ventre et sa respiration devient plus courte me dit-il. La douleur de Pablo l‘impacte très clairement : elle devient douleur pour lui aussi.
Ils se quittent à la fin de l’entretien avec une date de prochain RDV à 15 jours. Il part « heureux d’avoir pu déposer tout cela et reconnaissant car je me suis senti compris et non jugé ». Mon collègue est quant à lui « vidé, rincé physiquement et sec psychiquement ». Sa question à mon encontre est « Comment l’aider ? Avec et sans hypnose ! »
Tout au long de la quinzaine, Pablo a habité ses pensées. Voilà que lui aussi avait des pensées intrusives ! Il a ainsi cohabité avec son désarroi thérapeutique : « que lui proposer en respectant son rythme ? Comment me situer cliniquement et quel cadre lui proposer ? Dois-je envisager de diffracter l’accompagnement avec un collègue psychiatre ? Comment ne pas rompre le début d’alliance initié ? Comment entendre le symptôme et déculpabiliser Pablo ? »
Autant de questions qui venaient aussi de ses tripes et de la douleur ressentie lors de leur entretien.
Pablo est revenu, souriant, lui disant combien l’entretien avait déjà eu un « effet de décharge » (je pense de vidange) et que les pensées étaient déjà moins envahissantes. Il a pratiqué la cohérence cardiaque au quotidien comme il lui avait suggéré pour diminuer l’inconfort physique d’une hyperventilation fréquente (il s’était surpris au cours de leur rencontre d’amplifier sa respiration). Il lui dit avoir également beaucoup aimé la métaphore agie proposée – à savoir un attrape doigts - comme axe de travail : à savoir que la lutte renforce le symptôme et la souffrance. Il a senti que le nœud dans son ventre se détordait un peu et sa respiration plus calme. L’entretien est plus adouci pour eux deux et l’élaboration de la pensée plus accessible : que protège le symptôme ? quelle est sa fonction ?
Au cours de la supervision j’ai renvoyé à mon collègue que d’autres questions allaient l’accompagner durant ce suivi et qu’il me semblait important d’entendre la douleur physique ressentie comme baromètre de la souffrance de Pablo et pendule du rythme qui est le sien. Rythme à respecter. L’éradication du symptôme n’étant sans doute pas l’objectif à se fixer mais renforcer la sécurité du cadre et celle de Pablo en priorité.
Être hypnothérapeute, c’est aussi cela : entendre ce que le sujet dépose en nous. Au-delà de la technique hypnotique, c’est reconnaître les signes, les entendre tels les sons qui se créent dans une caisse de résonance et les amplifier pour qu’ils soient utiles pour l’autre. Cela ramène à la question de la posture thérapeutique et à la qualité de notre présence.
A Ipnosia, nous veillons aussi à cela : à accompagner les apprenants dans cette découverte ou à renforcer la finesse de décryptage d’un alphabet du corps (l’intelligence du corps s’il fallait se référer à Roustang). Les temps de supervision proposés en 2ème année complètent les journées de formation et les échanges entre professionnels : c’est une précieuse plus-value.









